Les changements de 2018

Les calendriers existent pour repérer les éléments de la longue durée. Chez les romains, l’année commençait en mars, au Printemps, quand la terre redevenait féconde mais aussi quand les soldats pouvaient reprendre leur marche. Las, les astres suivant un cycle décalé, les ecclésiastes du XVIème siècle, inquiets de voir Pâques arriver en automne, optèrent pour le décompte actuel commençant au 1er janvier. Quand le mouvement est imperceptible, le changement prend du temps….

Nos vœux de 2017 s’intitulaient « Tout a changé en 2016 ». L’articulation des phases de la longue durée semblait claire car les peuples occidentaux se sont mis « en marche » : sortie de l’Europe pour la plus vieille démocratie, déchéance des dynasties Bush-Clinton chez sa fille outre-Atlantique puis des partis traditionnels de la République chez sa voisine française. Quand le mouvement est perceptible, le changement est rapide…

Les changements de 2018

Ce changement a des conséquences variées et nous aurions aimé développer l’importance de MIF II et du digital, deux nouveautés qui vont si bien ensemble. Nous retenons deux sujets : l’ISR et (… oui, nous aussi) le Bitcoin.

L’Investissement Socialement Responsable est un changement de paradigme d’investissement. Tant mieux car justement les investisseurs veulent changer et reprendre un certain contrôle, comme en politique. Cet univers le leur permet. La responsabilité est une des valeurs de notre équipe et nous travaillons depuis cinq ans sur ce thème, avec nos propres convictions. Nous disposons désormais d’un service pertinent dont nous vous parlerons dans quelques semaines.

Nous n’écrirons pas cinq paragraphes sur le Bitcoin car vous avez déjà tout lu. Nous réduisons cette fulgurance financière à la notion de disruption qui ici prend deux formes : la blockchain et l’unité d’échange.

La blockchain concerne toute la finance et avec elle, toutes les constructions sont possibles : c’est une révolution dont nous parlerons encore dans 20 ans car elle reforme les systèmes. L’unité d’échange (monnaie ou autre) a toujours existé mais depuis 15 ans, de nouvelles formes se développent en Occident. En France, les systèmes d’échanges local (SEL) ou monnaie d’intérêt économique local (MIEL) sont des modèles en gestation. Le Bitcoin représente tout cela au niveau planétaire et les rêves les plus fous sont permis…

ISR et Bitcoin sont peut-être des variations du changement « Brexit-Trump » : quitter le système global et choisir des valeurs locales.

Enfin, nous connaissons bien les vœux de changement des banquiers centraux : l’inflation. Nous ne voyons pas de changement en 2018 – les vœux resteront pieux – pas plus d’ailleurs que dans les attitudes velléitaires de normaliser les politiques monétaires. Nous reviendrons sur ce sujet d’ici fin 2018 en détaillant nos modèles sur l’inflation – modèles qui nous indiquent toujours le calme plat.

Le comportement en 2017

Pendant un an et demi, de 2016 à mi-2017, le mot d’ordre était « prudence, les échéances arrivent » mais les actifs risqués montaient invariablement. D’un point de vue comportemental, si le consensus est prudent, il a peu d’actifs risqués à vendre donc, dans un contexte de grandes liquidités, les actifs risqués montent, par défaut de vendeurs.

Mi-2017, les échéances passées, les investisseurs pouvaient décider de revenir plus nettement sur les actions. A ce moment, elles gagnaient environ 10%. La saine correction sur les actions américaines ne venant pas, les opérations se sont déroulées tous azimuts, l’Asie bénéficiant de l’engouement, pour atteindre +20% en dollars fin 2017. Le dollar, lui, perdait 10% sur l’année quand les actions en Europe, après 10% de hausse avant l’été, n’ont plus rien gagné au second semestre.

La conclusion est assez simple pour l’investisseur européen en euros : le risque le plus élevé a rapporté 10%. Le monétaire étant négatif, les rendements se sont distribués sur cette douce pente. Le changement et les incertitudes n’ont donc pas modifié la trajectoire haussière des actions, le risque est rémunéré, la prudence ne l’est pas : « tout de bon » comme disent nos voisins.

Début 2018, miroir de début 2016

Pour la partie n°1 de notre processus d’investissement, celle des cycles économiques, nous anticipons une économie mondiale bien en-dessous des attentes. Par exemple, un ISM manufacturier US nettement sous 55 (le plus bas de 2017) ne nous surprendrait pas d’ici fin 2018.

La partie n°2 de notre processus d’investissement concerne le sentiment de marché.

Considérons, ci-dessous, le consensus qui rapporte les investisseurs haussiers sur les baissiers aux USA. Début 2016, il était très bas : les haussiers étaient peu nombreux et les actions ont monté pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, il est sur son sommet et ce sont les baissiers qui se font rares.


Nous sommes donc dans la même phase que début 2016 mais inversée. A cette période, l’amélioration cyclique se croisait avec un fort pessimisme : on pouvait acheter des actions, ce que nous avons fait. Aujourd’hui, l’optimisme est au plus haut et le cycle indique des vents contraires en 2018 et 2019. Notre modèle indique clairement qu’il ne faut plus avoir d’actions.

Toutefois, le changement d’année permet souvent – c’est clairement irrationnel – une forme d’optimisme qui guident les flux vers les actifs risqués. En outre, le marché américain est dans une forme de bulle du point de vue du comportement graphique des prix. Ceci signifie que la situation actuelle peut encore durer jusqu’à ce que l’euphorie se termine, par exemple quelques semaines. Enfin, le marché des actions européennes est loin derrière mais, dans les derniers épisodes de la bulle américaine, il peut réagir avec sympathie, donc monter soudainement.

Conclusion d’investissement

Par pragmatisme, nous serons donc (modérément) exposés aux actions en tout début d’année mais nous resterons vigilants compte-tenu de ce niveau d’optimisme si élevé.

C’est une chose de fixer le cadre, c’en est une autre de réaliser les opérations. Nos résultats de gestion sont objectivement moyens en 2017 après une année 2016 certes bien au-dessus des benchmarks. Les performances, tous frais compris, réalisées par nos portefeuilles cibles s’étalent, en 2017, selon le niveau de risque de -1% à +9%.
Notre erreur réside dans la seconde partie de l’année où nous avons surestimé les secteurs européens défensifs comme l’alimentation, les télécoms ou la santé.

Sur nos composantes de gestion, celle fondée sur la finance responsable a mieux performé sur les profils peu risqués. Nous aimerions être certains que le biais « responsable » est à l’origine de cela. En attendant, nous choisissons de le croire et dans cet enthousiasme, nous vous souhaitons une excellente année, à vous et vos proches.